Par Lucien ALFILLE

Le concept de transpersonnel (et surtout naturellement le vécu de ce type d’expérience) éclaire d’un jour particulièrement fécond un ensemble très varié de phénomènes présentés par les expérimentateurs, et permet ainsi de faire apparaitre une sorte d’unité sous sous-jacente à cette extraordinaire, merveilleuse et surprenante danse de cette "chose" (entre guillemets, et avec le plus profond respect pour cet Inconnaissable) que nous appelons la conscience humaine, depuis les abimes de douleur, rencontrées dans la déréliction par les pensionnaires des hôpitaux psychiatriques, jusqu’aux cimes sublimes décrites par les poètes et mystiques des diverses Traditions, et dont vous trouverez quelques extraits d’expérimentateurs favorisés de la Commission.

Le plan sera le suivant , avec une certaine dose d’arbitraire naturellement :

I- Expériences transpersonnelles relevant "relativement" commodément du cadre de lecture psychologique .
toute  série de phénomènes (rêves prémonitoires, lecture de pensée, phénomènes dits hallucinatoires, visuels ou auditifs,etc…) étaient  des phénomènes interpersonnels, mais encore faudrait-il examiner les éventuels mécanismes mis en jeu.

II- Dans un cadre particulier, nous pouvons exposer le problème des phénomènes de "guérisseur", et les répercutions psychologiques et spirituelles de ce type de phénomènes.

III- A partir de là, nous pouvons avec toutes les précautions possibles quant à la validité des hypothèses envisagées, essayer d’expliciter certains mécanismes mis en jeu. Nous parlerons ici, de la notion d’Etat d’Etre et de la notion bien complexe d’Energie, ainsi que des problèmes consécutifs a la "projection du refoulé".

IV- Enfin j’exposerai des expériences transpersonnelles qui relèvent du cadre de lecture " spirituel " ( visions d’êtres, plénitude, amour universel, paix, compassion, etc…) ainsi que cet accès a l’Ineffable dans les expériences de la vacuité.

I- EXPERIENCES RELEVANT DU CADRE DE LECTURE PSYCHOLOGIQUE

Les expérimentateurs sortent du cadre du système standard spatio-temporel dans lequel nous sommes immergés ,et disons le, bien imbibés, avec lequel nous fonctionnons dans notre état de conscience courant ; il est vrai que l’on ne sort pas de ce système sans certains risques. Les expériences sont très fascinantes, et elles comportent un grand nombre de dangers, dont celui du décrochage du " réel ", c’est a dire du monde construit par notre société pour son fonctionnement satisfaisant, avec les échanges codifiés courants intrapersonnels et interpersonnels.

Beaucoup de jeunes, et de moins jeunes aussi, peuvent être tentés par les expériences du type "sortie hors du corps",par exemple, qui peuvent présenter des risques de destructuration. En effet, nous sommes ici et maintenant, en 1987, à l’Institut Karma Ling, en France, dans une culture déterminée, et on ne décroche pas de cet espace-temps sans de sérieuses précautions.

I-1) Expériences prémonitoires :
I-1.a) Prévision de sujets d’examen

"… J’avais 20 ans, étudiante en 2ème année de Science Po. Il y avait deux épreuves en Septembre : Droit Administratif et une épreuve tirée au sort sur 3 sujets.
A l’état d’éveil en Juillet, j’ai eu la révélation des sujets :
Institutions Juridictionnelles et Cour de Cassation !
Je pense avoir été aidée par je ne sais qu’elle instance, mais ce que je peux dire de mes sentiments à cette période, c’est que j’étais dans un état de grande détresse morale avec l’impression d’être vide…"

I-1.b) Rève prémonitoire

"… Je rève que je conduis ma voiture et que je suis blessée au bras dans un accident.
Un peu impressionnée par cela, j’évite le lendemain de prendre ma voiture, et alors pour me déplacer je prends un taxi ; il se produit alors un accident léger de la circulation et je me retrouve avec le bras blessé…"

A partir du grand nombre d’expériences enregistrées de ce type, les expérimentateurs signalent que très souvent, l’information leur est fournie par un système de sensations/perceptions où la sensibilité corporelle est mise en jeu de facon peu courante ; elle semble particulièrement exacerbée et affinée par rapport au vécu courant, et les expérimentateurs soulignent souvent qu’ils "sentent quelque chose dans leur corps" ou parlent de "vécu dans le corps". Ce n’est pas intellectuel, ce n’est pas une pensée. Il s’agit d’une "intuition spéciale au corps", dont nous donnons ci dessous deux exemples :

I-1.c) Sensation brutale de refroidissement de la température du corps :
"… un après midi, mon corps brusquement est devenu tout glacé, figé et immobile, et je me demandais ce qui m’arrivait… j’ai ensuite appris qu’au même moment, mon frère venait de décéder à l’étranger…"

I-1.d) Sensation d’énorme pesanteur du corps :
"… j’étais restée dans le chalet le matin ,isolée, et ne pouvais me lever pour faire l’excursion avec mes enfants. Ne pouvant presque pas bouger, mon corps pesait des tonnes !!, et j’ai su alors qu’il y aurait un accident.Je me suis dit : c’est surement un accident de mon fils, et j’avais très peur. A 15 heures, j’ai finalement réussi à me lever et suis sortie du chalet et ai fait une petite promenade ; quand je suis revenue détendue, et ayant oublié ma peur, j’ai vu en rentrant mon fils qui m’a informé de l’accident de mon beau-fils…"

Dans le meme esprit, nous disposons de nombreux rapports d’expérimentateurs qui signalent entrer en relation avec des personnes face a eux, connues ou inconnues d’eux, et de percevoir toujours par ce biais subtil du corps, des informations souvent gardées secrètes par ces personnes au niveau de leur profonde intimité. C’est comme si les expérimentateurs mettaient a nu la psyché des personnes, et ces informations , en général bien enfouies dans l’ombre, font toujours un grand effet sur ces dernières.
Ces expérimentateurs parlent " d’intuition dans le corps " ou " d’intuition imposée comme une évidence…"

I-2) Expériences de sortie hors du corps :

Il s’agit souvent d’expériences obtenues soit volontairement, soit involontairement par des expérimentateurs dans le domaine crépusculaire qui est situé a mi-chemin entre l’état de veille standard et l’état de sommeil ( états hypnagogiques et hypnopompiques ).

I-2.a) Expériences de vision volontaire a distance :

"… Je peux me mettre en état , et faire une sortie hors de mon corps. Je peux ainsi, par exemple, voir mon courrier tel qu’il est placé dans ma corbeille sur mon bureau, à 100 kilomètres de distance, et quand j’arrive, je peux vérifier que c’est bien cela (caractéristiques et dimensions des enveloppes, effigies particulières des timbres venant de l’étranger, etc…). Par contre je ne peux pas manœuvrer, ni opérer sur les objets…"

Nous noterons que l’absence d’interaction matérielle volontaire reste pratiquement le cas le plus fréquent de ce type d’expérience. Toutefois, quelques rares cas signalent la possibilité non seulement de vision et audition a distance, mais d’actions, et qui posent de sérieux problèmes, dont l’analyse sort du cadre de cet éxposé.

I-2.b) Expérience inopinée de sortie hors du corps :

"… Mes premières expériences datent de l’age de 16-17 ans. J’ai vécu dans les Vosges durant la dernière guerre, et couché de bonne heure (il n’y avait pas grand chose a faire) j’étais en train de rêvasser dans mon lit, et la première image mentale bloquée, c’est que je me suis vu debout a coté du lit ;j’étais dans une grande joie, et j’ai poussé des cris et chants, mais j’ai vu une zône noire a côté, j’ai eu peur et me suis réveillé. Je n’en ai pas parlé a mes parents car ils n’avaient rien entendu et ensuite tous les soirs, j’ai eu ces répétitions d’expériences, et je pensais que je devais être fou. C’est la première fois depuis près de quarante ans que j’ose en parler…"

Il est vrai que dans notre société, nous n’avons pas de structures d’accueil pour ces catégories d’expériences , et très souvent, c’est la grille de lecture psychiatrique qui vient se plaquer dessus.
L’expérience tant personnelle que celle acquise depuis 3 ans par les échanges dans la Commission, m’ont montré que si ce genre de vécus est pris au départ par quelqu’un capable de ramener ces vécus extrêmement chargés d’affects a leur vraie échelle, le risque de dérapage est extrêmement réduit.

I-3) Expériences de transfert d’angoisse :

En effet, la personne faisant ce genre d’expériences précédentes, se trouve dans la majorité des cas que nous connaissons, sous une charge d’affects (en général d’angoisse) épouvantable, et si elles en parlent, cette angoisse entraine des échos puissants dans l’entourage. Ce dernier va se protéger en renvoyant sa propre angoisse sur ce pauvre paratonnerre, qui a déja bien du mal à supporter la sienne, et qui va alors sombrer et être catalogué sur le mode de la "folie", et alors entrer dans le circuit malheureusement bien codifié du système psychiatrique…

Il n’est pas question ici, pour ma part, de nier la réalité de la "vraie folie", c’est a dire de l’impossibilité de négocier et d’ajuster ses échanges avec le milieu ambiant, mais ce que je voudrai souligner, c’est que dans de nombreux cas, la personne dans cet état, qui est en difficulté existentielle sérieuse, et donc a particulièrement besoin d’un soutien ou appui du groupe, se trouve en général dans notre culture, rejetée, classée dans l’aliénation, avec une surcharge d’anxiété, qui ne fait qu’accentuer son déséquilibre.

En effet, j’ai rencontré des personnes qui ont présenté des vécus particulièrement perturbants, par exemple du type du démembrement, dissociations corporelles, engloutissements analogues au récit biblique de Jonas avalé par la baleine, etc…qui auraient été classés, s’ils s’en étaient ouverts a leur entourage, dans la nosographie psychiatrique lourde sans l’ombre d’un doute … Ce que je puis attester actuellement, c’est que leurs qualités morales, l’aisance de leur comportement relationnel, me font penser qu’ils sont très probablement en meilleure santé mentale que moi même ou que la plupart des personnes considérées comme normales.

I-3.a) Expérience de dégagement d’angoisse :

A titre d’exemple , illustrant particulièrement bien ces problèmes de transfert, le vécu suivant rapporté par un membre de la Commission :

"… Un soir, vers 23 heures, on sonne a ma porte et je vois devant moi un ancien collègue de travail, que je rencontre maintenant une ou deux fois par an. Je suis assez surpris, car il ne m’avait pas prévenu de sa visite, et une très forte angoisse émanait de sa personne. Il me dit que cela faisait 4 nuits qu’il n’arrivait pas à dormir, et qu’il était au bout du rouleau, et qu’il ne savait pas ce qui allait arriver… J’étais bien embêté et encombré par cela , ne sachant que faire, et me disant : " il n’y a qu’a moi que ces choses arrivent "; mais ne pouvant me résoudre à le renvoyer ( non assistance a personne en danger !). J’ai donc prévenu l’épouse qui était dans la panique, que je ne coucherai pas avec elle ce soir, et que nous dormirions, mon camarade et moi, dans une pièce où il y avait un lit d’une place et un canapé.

Nous nous sommes installés chacun sur notre couche, et il a longuement parlé… Ce devait être vers deux heures du matin quand je lui ai proposé d’éteindre la lumière, mais nous avons continué à parler, lui me racontant des tas de choses, dont je ne voyais pas bien l’enchainement avec sa situation présente. Enfin, j’étais tellement épuisé, que je lui ai proposé d’essayer de dormir. Au bout d’un quart d’heure à vingt minutes, sa respiration était régulière, et je savais ( mais je ne sais comment ) qu’il dormait enfin, et moi je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. C’est ridicule à dire, car cela n’a pas de sens, mais j’ai passé ma nuit à me battre contre je ne sais quoi ! Le matin , quand il s’est réveillé, frais et dispos, il a pris un bon petit dejeuner, m’a donné une grande claque dans le dos en me disant : " Salut mon vieux, à un de ces jours !" et il est parti à son travail, et moi j’avais des cernes sous les yeux qui me descendaient au milieu des joues…Le plus terrible de l’affaire, c’est que cela m’a valu encore deux autres nuits blanches (mais sans combat)…"

Le commentaire de cet expérimentateur sur son vécu, au niveau psychologique peut être résumé ainsi :

…Nous disposons d’une structure psychique fonctionnelle analogue à celle de notre fonction digestive qui nous permet de métaboliser des expériences fortement chargées.
Cet ami a dû réveiller chez moi des perturbations analogues aux siennes, bien enfouies dans mes profondeurs. Le malaise qui m’a saisi, et la pointe d’angoisse conséquente auraient pu être plus importants, et alors je l’aurai rejeté, et il serait reparti avec une panique plus grande, car je lui aurai renvoyé ses difficultés avec les miennes en plus (cela s’appelle vomir dans le schéma digestif . En réalité, cela m’est resté sur l’estomac, comme une indigestion, et il m’a fallu trois nuits blanches pour finir par digérer cela, c’est à dire métaboliser mes propres perturbations et les siennes…
Ce camarade pour sa part, a transféré sa perturbation dans un réceptacle accueillant de ma psyché, et je l’en ai réellement débarrassé ; Il a pu retrouver ainsi son équilibre normal ou courant…

Ce commentaire éclaire d’un jour particulier les mécanismes de guérison dont nous parlerons plus loin. En effet, l’expérimentateur poursuit ainsi sa déclaration :

"… Nous ne pouvons " prendre " la perturbation de l’autre que si nous savons la digérer… Les attitudes de défense sont très simples : soit s’enfuir, soit regarder l’autre avec des " yeux d’entomologiste ", c’est à dire comme quelqu’un d’étranger, que l’on regarde vivre sa souffrance, comme on regarderait des fourmis ou des abeilles operer. Cela , c’est l’équivalent "lèvres et dents serrées" devant cette drôle de nourriture, soit se laisser aller à avaler la perturbation, et alors trois cas se présentent :

a) le rejet violent avec en plus notre perturbation personnelle renvoyée ( tu es fou ! ca ne va pas ! etc…) qui correspond au vomissement ;
b) l’indigestion, où l’on garde cela sur l’estomac, et il y a malaise jusqu’a la métabolisation…
c) la digestion pure et simple, qui fait qu’il y a accueil et dégagement de l’autre, sans que l’on puisse même s’en apercevoir, tellement cela est "naturel"…"

I-4) Etats de disparition ou d’absence :

"…Quand j’étais enfant et que je jouais à cache-cache, j’avais trouvé un truc qui faisait que mes camarades de jeu ne me trouvaient pas. Ils passaient à côté de moi tout en me cherchant avec attention, sans me voir. Je pouvais aussi me rendre invisible aux yeux des autres…
Plus tard, j’ai utilisé cet état pour m’approcher très près d’animaux sauvages, et rester ainsi à quelques mètres d’eux ( lièvres, biches, cerfs,etc..) à les regarder vivre et évoluer sans qu’ils détectent en aucune façon ma présence… Alors que si j’arrive comme tout le monde, dans mon état normal, je suis repéré à plusieurs centaines de mètres et ces animaux s’enfuient…"

I-5) Expériences du type hallucinatoire :

C’est un genre d’expérience relativement fréquent vu le nombre important de rapports enregistrés dans la Commission. Les expériences par ordre de fréquence croissante sont centrées sur l’olfaction,l’audition, et enfin la vision.
Nous n’illustrerons ce type d’expérience que dans le domaine de la vision, fonction qui est nettement plus développée dans notre culture, et qui nous permettra de mieux saisir et exprimer les nuances.
Tout d’abord, il s’agit de phénomènes qui pourraient être classés médicalement sous le terme " hallucinose ", c’est a dire que l’expérimentateur qui "voit" devant lui des "êtres ou des objets", les identifie comme un phénomène anormal au moment de leur survenue, c’est à dire qu’il y a chez l’expérimentateur en même temps ou très peu de temps après, conscience de l’existence du monde courant ordinaire.
Nous n’exploiterons pas ici les "visions" de formes "lumineuses", "irradiantes", "êtres de lumière", "anges",etc…, qui toutes en général, relèvent du domaine du "spirituel", en ce sens qu’elles sont toutes accompagnées de sensations/sentiments de haute valeur morales, ayant des répercussions flagrantes sur le comportement des expérimentateurs, dans une adaptation à la vie ordinaire courante, pleine de compréhension et de sentiments d’amour pour tous les êtres, sans exception.
La caractéristique principale des expériences réside dans la très forte charge dans le domaine des affects,et ces charges émotionnelles contiennent des éléments "énergétiques" colossaux.

Dans ce domaine en effet, l’éducation prônée dans notre culture, ne nous apprend pas à reconnaitre, apprivoiser et contrôler ces " très fortes charges énergétiques", et cela est très facilement vérifiable pour les domaines courants, connus de tous, comme la peur, la colère, l’anxiété, l’angoisse, la dépression, les attaques de panique, etc…. Il en est de même pour la compréhension "vécue" du mécanisme de fonctionnement de notre conscience …
Alors que dans les domaines scientifiques et techniques, et là l’ingénieur que je suis peut en parler en connaissance de cause, il y aura transmission d’un énorme bagage de savoirs et de "savoir-faire" tout à fait extraordinaire, tant par son raffinement que par son adéquation opératoire, tandis que pour le b-a, ba du monde du sujet, pour ce qui va conditionner son bonheur, sa joie de vivre,etc..,chacun se débrouille tout seul, et que dans ce domaine c’est "chacun pour soi et Dieu pour tous…"
Il y a lieu de noter que ce "monde du sujet" n’est toujours abordé dans notre culture que par sa facette de perturbation, qui oblige à l’examiner uniquement que parce que notre vie devient impossible à vivre,alors qu’il pourrait être abordé de facon plus positive, dans un sens d’épanouissement de la personne.
Le rapport suivant permet de se rendre compte de la complexité du monde abordé :

I-5.a) Expérience de tentative de maitrise d’une " vision " :

… Je suis seul chez moi en train de vaquer à mes occupations habituelles, et soudain en passant devant la porte de ma chambre à coucher, je vois dans la pénombre une forme humaine debout à la tête de mon lit ; je reviens sur mes pas pour m’assurer qu’il s’agit d’une illusion, et à ma grande peur, il y a bien une personne que je n’identifie pas , debout a la tête de mon lit a ma droite. La première pensée qui me vient a l’esprit, c’est qu’il s’agit d’une hallucination visuelle, et alors j’utilise la procédure déja mise au point… Je ferme les yeux et tout disparait, la chambre et l’homme, alors que si c’était une hallucination, je verrais probablement toujours la forme persister les yeux fermés. Je les rouvre, et l’image première reste stable. Je la reprend encore 2 ou 3 fois, car dans certains cas l’image " anormale " vue peut disparaitre, mais dans ce cas tout reste identique… Alors je commence a utiliser le critère de la vision binoculaire, c’est à dire suivre le déplacement de l’objet dans le champ de vision ordinaire, en fermant un oeil puis l’autre, et l’homme inconnu se positionne en parfaite cohérence avec le reste des objets… La peur commence à me saisir, et j’ai envie de m’enfuir : Est-ce un ami ou un ennemi ? Je finis par pencher vers la solution suivante : il s’agit d’une hallucination visuelle et je vais alors me le démontrer en passant mon bras au travers, et ainsi j’aurai la preuve qu’il s’agit bien d’une construction immatérielle.

J’arrive a vaincre ma crainte, et tout d’un coup ma décision est prise, et cela part comme si ça sortait de mon ventre…Je me précipite vers cet homme, et je balance mon bras droit à l’horizontale pour balayer l’espace au travers de cette "forme humaine", sùr de ce qui va se passer, c’est a dire que mon bras va traverser cela comme dans du vide…
Ma main arrive au niveau de l’épaule et claquement l’arrête en plein élan. Je suis stupéfait, elle s’est arrêtée contre un "vrai" bras en cohérence avec ma vision…
Je commence à avoir très peur, et n’ose regarder son visage; Je saisis ses deux poignets avec mes mains pour les immobiliser, et l’empêcher de me faire du mal…"

Cette expérience illustre très bien l’énorme difficulté qui se présente pour aborder le contrôle de ce "Monde du Semblable" (‘Alam al’ Mithal) si bien décrit par les mystiques, et en particulier dans la mystique Soufi, par Sohrawardi.

II – PROBLEMES POSES PAR LA FONCTION "GUERISSEUR "

De nombreux cas ont été exposés dans la Commission sur cette fonction thérapeutique très bizarre, qui n’entre pas dans le cadre des connaissances de la médecine courante.
Les caractéristiques de cette fonction sont en général fournies et expliquées par une "croyance" du type religieux et de nombreux guérisseurs avaient le "don" transmis par leurs
ascendants soit qu’ils "savaient cela" dès leur jeune âge…

Pour d’autres, bien moins nombreux, ces phénomènes étaient apparus de façon inopinée, comme si cela "leur était tombé sur la tête" à un moment donné de leur vie, et très souvent hors de leur champ d’intérêt courant.
Nous allons expliciter quelques unes de ces expériences qui vont nous permettre d’explorer ce champ peu commun. Nous nous attacherons, car les préjugés sont beaucoup plus réduits, au cas d’expérimentateurs qui brusquement se mettent à soigner sans bien comprendre les gestes qu’ils accomplissent, mais qui s’avèrent être particulièrement justes et efficaces. Les maux de tête de quelque type que ce soit ( migraines, migraines ophtalmiques, douleurs consécutives a un zona facial, etc…) périarthrites scapulo-humérales, maux de ventre, de dos, etc… tout cela disparaissait en quelques minutes, même si ces déséquilibres étaient chroniques ( 6 mois, 1 an, 5 ans ou 15 ans ! ).

Un des mécanismes explicatifs de ces phénomènes pourrait être la suggestion du guérisseur, ou l’auto-suggestion du patient, entrant dans la catégorie des maladies ou perturbations d’ordre psycho-somatiques, mettant en cause des caractères du type "hypnotique" ou "hystérique", passablement bien travaillés depuis le début de notre siècle.
On peut aussi penser à des mécanismes " d’anesthésie" de la douleur ( par création d’endorphines, par exemple).
Nous allons citer deux rapports de transfert de perturbation patient/expérimentateur, qui permettront dans notre troisième chapitre, de tenter d’avoir une meilleure idée des
mécanismes mis en jeu dans ces phénomènes.

II-1) Expérience de suppression et transfert de maux de tête

"… "J’enlevais" les maux de tête avec beaucoup de facilité, et j’ai du rencontrer 1 ou 2 échecs sur au moins 200 cas…

Ce qui m’a frappé au bout d’un certain temps, c’est qu’après avoir opéré, je me trouvais avoir moi-même un mal de tête identique à celui du patient, qui passait au bout d’une heure ou deux… Je me disais que je devais m’auto-suggestionner, car en effet, les patients m’informaient de l’endroit où ils avaient mal à leur tête, et c’est vrai qu’au moment d’opèrer, je sentais légèrement cette douleur qui après s’amplifiait un peu.

Un jour , une collègue de travail me demande si elle pouvait apprendre à faire cela, car son mari était souvent sujet aux maux de tête… Je lui ai dit que c’était à la portée de tout le monde, et je suis allé dans son bureau pour lui montrer comment j’opérais. J’ai fait la démonstration sur elle, tout en la commentant, et à un moment j’ai senti sous mon pouce le signal du dégagement habituel d’un mal de tête… Je lui ai alors demandé si elle avait mal à la tête, et elle m’a dit : absolument pas ! et je suis alors retourné dans mon bureau une centaine de mètres plus loin…

Au moment d’introduire la clé dans la serrure de ma porte, je sens brutalement une barre en travers sur le milieu du crâne, et furieux contre la collègue (car à cette époque je pouvais m’éviter cela en me passant tout de suite après les avant-bras sous l’eau froide) Je retourne a son bureau pour la tancer vertement. j’entre dans son bureau en colère, et je l’interpelle en lui montrant la barre sur mon crâne, et elle me dit: excuse moi, mais j’ai complètement oublié ! Cela m’arrive une ou deux fois par an d’avoir ce genre de mal de tête très violent, et je l’ai eu hier et c’était parti en prenant deux ou trois comprimés d’Optalidon, et je t’assure ne plus y avoir pensé quand tu m’as interrogé…Il est bien clair dans cette expérience, que je ne pouvais pas m’auto-suggestionner puisque je n’était pas conscient de son mal de tête…"

II-2) Expérience de suppression et transfert d’eczéma

"… J’ai reçu d’un paysan de province croisé par hasard dans un café parisien, un cahier de formules pour guérir toutes sortes de maladies de bêtes et de personnes, qui consistait pour chacune des maladies à exécuter un rituel de gestes et de paroles sans beaucoup de sens . Ces formules s’appellent dans les campagnes " pansements ". J’ai eu à utiliser un pansement pour un eczéma qui couvrait tout le corps d’une jeune femme depuis sept ans, et qui avait épuisé les ressources médicales et même de guérisseurs. J’avoue n’y avoir pas trop cru, car les formules étaient,disons le mot, " débiles "… et tout cela me paraissait un peu fou.

N’empêche que 2 à 3 semaines après, l’eczéma de cette personne était parti (J’ai pu constater la netteté de sa peau ) mais moi, je me retrouvais avec trois taches d’eczéma sur la poitrine, et j’ai su alors ce que pouvait être le calvaire de cette jeune femme, moi qui n’avais jamais rien eu de ce genre.C’est réellement insupportable. On a envie de s’arracher la peau !!…"

Nous avons là un exemple type d’un transfert d’ordre physiologique, et cela pose quand même problème …

II-3) Expérience de suppression de maux de dents

"…Je soignais souvent les maux de dents le vendredi,car il est très difficile de trouver son dentiste travaillant en fin de semaine.
Notons que la bouche est très chargée d’affects et que la perspective de vivre une rage de dents ou d’aller chez le dentiste de service ou à l’hôpital n’est pas du goût de tout un chacun.
Un midi, l’on conduit chez moi une jeune femme qui avait un bel abcès qui lui faisait une grosse "chique" à la joue, et horriblement souffrir.Ses camarades ne pouvaient la laisser seule puisque c’était l’heure du repas…
Depuis le matin on lui avait "seriné" mes talents, mais elle disait que ca ne marcherait pas parcequ’elle n’y croyait pas.
Je lui ai dit que moi-même je n’y croyais pas, dans le sens que je ne comprenais rien à ce qui se passait, mais que l’expérience montrait un réel soulagement. Alors , ca ne coutait pas grand chose d’essayer…
Elle m’a demandé ce que j’allais lui faire, et je lui ai dit que j’allais l’assoir sur une chaise, lui demander d’ouvrir la bouche et que je poserai une fraction de seconde mon index sur la dent incriminée, et que je ne lui ferai en aucun cas du mal.Pour l’instant, j’allais me laver les mains, et je la retrouverai dans son bureau.
Ce qui fut fait, et quand j’ai posé mon doigt au bon endroit dans sa bouche, cela a fait " spling " et je savais que c’était terminé. Elle avait ainsi deux à trois jours de répit pour aller se faire soigner chez son dentiste …
Je vous passe la surprise de la patiente qui n’en revenait pas en se tâtant la joue et la mâchoire, et comme il y avait plusieurs femmes dans le bureau, j’ai un peu " roulé les mécaniques" et me suis dirigé vers les lavabos pour me laver.
Juste en entrant dans les toilettes, un collègue en sort et dit avec un air de dégout en me voyant :" berk !" Comment peux tu faire cela ? J’ai alors suivi son regard qui était dirigé vers ma main droite, les avant-bras étaient nus, les manches retroussées et j’ai vu, c’est a dire pris conscience de la salive et du pus sur mon index qui dégoulinait vers ma paume.
J’ai mis un certain temps à réaliser que c’était dégoutant, dans le sens que cette sensation/sentiment m’est advenu presque au ralenti, et pourtant je voyais bien le pus et la salive, et quand je me suis lavé les mains, j’avais très nettement cette impression de dégout…
Cela m’a fait penser qu’avant la remarque de mon collègue, le pus et la salive sur ma main ne m’étaient pas étrangers; c’était comme s’ils étaient miens…"

Nous voyons dans ce rapport se profiler la notion d’état du guérisseur, qui va nous introduire ainsi à la tentative d’explication des phénomènes décrits.
Une dernière observation faite sur l’ensemble des guérisseurs approchés, tant dans la Commission qu’au dehors, consiste en ce fait que tous , sans exception, ( qu’ils soient aussi chamans de diverses Traditions : Afrique, Tibet, Indiens d’Amérique, etc…) se disent "canaux", "intermédiaires", "intercesseurs", de la "Puissance agissante " quelle qu’elle soit !

III- TENTATIVE D’EXPLICATION DES MECANISMES MIS EN JEU

A partir des matériaux sélectionnés dans les expériences transpersonnelles relevant du cadre de lecture du type psychologique et celle des guérisseurs, nous pouvons , avec toutes les précautions d’usage dans ce domaine délicat, tenter de formuler un certain nombre d’hypothèses explicatives.

Afin d’introduire la notion d’état de conscience d’être, nous allons faire appel a des observations rapportant des états labiles du Moi, tels qu’observés au début de ce siècle par beaucoup d’ethnographes (2) qui décrivent de nombreux états, tels que "latah" chez les Malais, ou "olon" chez les Toungouses, par exemple.

Dans ces états, l’indigène perd durant des périodes plus ou moins longues et à des degrés divers, l’unité de sa propre personne et l’autonomie de son Moi, et par voie de conséquence, le contrôle de ses actes.

Ces états apparaissent à l’occasion d’une émotion forte ou d’une surprise violente. Cet état est répertorié dans notre système par l’échokinésie ou l’écholalie ; l’individu placé dans cet état, va être exposé à toutes les suggestions possibles se présentant à lui au moment du passage, et s’identifier à l’être ou aux choses, qu’il s’efforce d’imiter passivement.
Ceci conduit par exemple, à un jeu de société dans lequel le groupe décide de faire entrer une personne à son insu dans cet état, pour "l’oloniser" à table devant un partenaire, qui va faire semblant de se remplir la bouche de mil à grande cadence, de telle sorte que l’autre, qui imite tous ses gestes, réellement, va s’étrangler et s’étouffer , à la grande joie de groupe.

Nous ne pouvons faire mieux que de citer ici l’analyse de l’état "Olon" faite par Ernesto de Martino (3) dans son ouvrage " Il Mondo Magico " publié en 1948 .

"…Tout se passe comme si une présence fragile, non assurée, labile, ne résistait pas au choc que produit tel contenu émotionnant, ne trouvait pas assez d’énergie pour se maintenir face à celui ci, en le récupérant, en le désignant et en le maitrisant au sein d’un réseau de rapports
définis. De la sorte, le contenu est perdu en tant que contenu d’une conscience présente. La présence tend à rester polarisée sur un certain contenu ; elle ne parvient pas à aller au-delà, et par conséquent, elle disparait et elle abdique en tant que présence. La distinction s’écroule entre la présence et le monde qui se rend présent (3b) : au lieu d’entendre et de voir le bruissement des feuilles , le sujet devient un arbre dont les feuilles s’agitent au vent; au lieu d’entendre un mot, il devient le mot qu’il entend, etc…Par carence de toute fonction discriminante, le contenu de la présence manque de toute discrimination interne, c’est une représentation qui de peut s’empêcher de devenir un acte (3b)…"

Nous devons noter ici que ces mécanismes existent aussi en nous, même dans notre culture, où la consolidation d’un Moi bien structuré par le monde des objets est la règle courante. Mais qui n’a souvenir de ces jeux d’enfants où l’on se cache pour faire peur à l’autre, en surgissant brutalement de derrière une porte ou de l’ombre…Qui de nous ne se souvient de cet arrêt de la conscience du monde, en état d’inspiration bloquée, qui très rapidement se résolvait par la reprise du cours des choses, avec le "Ouf! tu m’as fait peur…"
Qui de nous n’a vu malheureusement " l’état second " des personnes prises dans des accidents de la circulation, ou dans les films réalisés lors de catastrophes naturelles majeures comme un tremblement de terre, et où, dans l’incapacité où elles sont à assumer consciemment la tragédie qui est arrivée aux êtres qui leur sont chers, errent tels des automates les yeux hagards, sans conscience des risques mortels qu’elles prennent…
Enfin, nous allons utiliser les distinctions courantes de pur/impur ou propre/sale, pour montrer un des outils culturel de construction ou de mise en forme des individus dans un groupe.
Nous voulons montrer par là, de façon simple, comment la "Loi" est inscrite , gravée dans nos automatismes de base, tels que la respiration, la digestion,etc…

Nous allons illustrer cela sous forme d’un jeu de société, que tout le monde peut réaliser aisément.
A une fin de repas avec des amis, vous pouvez annoncer un jeu qui consiste a remplir des verres d’eau, et après les plaisanteries courantes du type : " Moi je ne bois que du champagne, l’eau c’est pour les grenouilles,etc…", l’expérience peut avoir lieu. Vous demandez a chacun de boire une gorgée d’eau, ce qui est fait. La suite du jeu demande que chacun prenne une gorgée d’eau , la garde dans sa bouche, et sur commande la recrache dans son verre… Déjà à ce stade on peut observer des réactions de rejet avec des remarques du genre :"C’est dégoutant, etc…" Quelques amis vont se retirer du jeu, mais d’autres piqués au vif vont exécuter cette règle…Le jeu se poursuit en reprenant une gorgée d’eau dans son verre et de la recracher dedans, et rares sont ceux qui vont tenir à 3 ou 4 opérations successives. Vous pouvez ainsi obtenir de vrais "haut le coeur", avec de sérieux risques de vomissements…
L’analyse de cette expérience est simple : la salive dans la bouche n’est pas dégoutante, elle ne le devient que quand elle est dehors. Donc la distinction dedans/dehors permettant entre autres choses de localiser son corps, est constituée par un ensemble de règles analogues culturelles, comme propre/sale, pur/impur, etc…qui vont régir nos comportements ritualisés et les rendre évidemment normaux, naturels,…

C’est cela l’inscription de la "Loi" dans le corps, et toute modification à ce niveau, va se répercuter en un vécu très traumatisant, analogue à un vécu de mort… Notons que la "Loi" est absolument indispensable pour l’inscription de l’individu dans le monde courant…

Cela se retrouve très bien dans toutes les traditions initiatiques, où l’on demande à l’adepte, ou au profane, de mourir symboliquement… Néanmoins la mort symbolique à ce niveau, est vécue dans un dérèglement des automatismes qui est particulièrement traumatisant…

Ces distinctions constitutives de l’individu comme propre/sale, sont loin d’être un simple jeu. Qui de nous n’a embrassé sur la bouche l’être aimé avec un plaisir extrême, et le mélange des salives s’est fait. Dans ce cas , il n’y a plus de distance avec l’autre, qui est réellement "introjecté", qui fait partie de soi-même…Alors qu’à contrario, si je vous promène le long des quais de la Seine, et que je repère un clochard particulièrement peu ragoûtant, et que je vous dise : "Embrasse- le sur la bouche !", je peux facilement présumer du rejet avec une réelle contraction du diaphragme, si vous jouez réellement le jeu d’imaginer l’acte en question…

Revenons maintenant aux expériences du type hallucinatoire. Nous avons vu que le monde de la "réalité" et celui de "l’irréalité" commençaient à se brouiller, et cela est sans conteste source d’ennuis, car nous n’avons pas de modèles explicatifs à ces vécus très chargés d’affects puissants… Il s’établit une sorte de dissociation entre ce qui est perçu et les éléments définissants la personne insérée dans le réseau courant, trivial, des relations ordinaires, stabilisées, habituelles et prévisibles…

L’imaginaire va alors fonctionner dans ses plus mauvaises conditions pour tenter de maitriser ces "choses bizarres" qui souvent ne sont pas particulièrement agréables à vivre , et qui pourtant jouent un role protecteur devant la fascination de cet "Etrange Monde" . En effet, on peut aussi avoir des visions ou auditions très agréables, mais cela est moins fréquent de façon inopinée, et n’arrive qu’avec une discipline stricte dans une des Voies Traditionnelles…
Mentionnons ici la phrase d’un expérimentateur :
"…A charge égale, si cela avait été le paradis d’Allah, probablement cela aurait été imparable, et j’y serai resté, et me serai sûrement retrouvé à Charenton…"
Nous avons bien là, dans le terme "resté", la signature de l’évacuation du Monde du vécu ordinaire quotidien.
Ce qui est remarquable dans l’analyse des récits des expérimentateurs, surtout quand les "visions" sont désagréables, c’est que l’on voit bien à l’oeuvre le mécanisme bien connu de la " projection du refoulé " et souvent comme les formes projetées sont terrifiantes et agressives, ils signalent que la peur qui les étreint au départ, les conduisent pour se défendre à attaquer la "forme", car ils ne peuvent pas fuir, et alors la "forme" à son tour attaque à ce moment ; Au bout d’un certain temps, quand on se trouve dans l’incapacité de se battre, par épuisement, l’expérimentateur baisse les bras et se laisse aller, s’abandonne, et alors à sa grande surprise la "chose" cesse d’agresser ," cà n’attaque plus"…
Si l’expérimentateur poursuit, il finit par s’apercevoir que les "formes" terrifiantes et agressives évoluent, changent d’allure, et finissent par se transformer en "choses" beaucoup plus acceptables…
Il peut aussi se rendre compte, que dans cet état, c’est bien lui qui construit le monde auquel il fait face, et qu’en définitive, il peut voir ce qu’il veut voir, et entendre ce qu’il veut entendre…
Nous retrouvons dans ces "formes terrifiantes" le fameux "gardien du seuil" mentionné dans les Traditions variées, et qui ne serait probablement que la projection du refoulé, refoulé qui contribue efficacement en grande partie à la constitution de notre conscience.
Dans ces conditions, les caractéristiques de l’expérimentateur sont telles, qu’il ne dispose plus d’un oeil, mais de la fonction vision; qu’il n’a plus une oreille , mais la fonction audition.
Ainsi, de nombreux phénomènes bizarres, du type para psychologique, concernant les sorciers, et rapportés par les ethnographes, comme ceux de la vision ou de l’audition à distance, nous paraissent être des caractéristiques de ces fonctions , que nous avons tous en nous. Ce sont des phénomènes sur lesquels nous n’avons aucune prise directe dans notre champ ordinaire de conscience, et qui traduisent un changement de plan de conscience, consécutif à la sortie du système spacio-temporel dans lequel notre conscience ordinaire est inscrite.
Dans le même ordre d’idées, les caractéristiques des phénomènes de guérison mentionnées précédemment peuvent apparaitre sous un éclairage plus simple.
En effet, l’exemple choisi pour la suppression des maux de dents fait apparaitre que la distance patient/guérisseur diminue et s’estompe de façon particulièrement critique, pour l’équilibre ordinaire de l’égo du guérisseur.
L’état dans lequel le guérisseur se trouve, peut être décrit dans notre système courant par un terme du genre "fusionnel", et selon toute probabilité, c’est dans cet état que des opérations bizarres et peu courantes se produisent, comme mentionné dans les exemples de transferts d’ordre physiologique .
Enfin, pour terminer avec ces phénomènes , il nous faut faire une observation qui nous parait très importante, et qui éclaire un peu la forme de "l’idéologie"(4) sous tendant l’action de pratiquement tous les guérisseurs, chamans,etc… de quelque culture que ce soit, et qui est la notion de "tiers terme". Nous avons mentionné précédemment la notion de "canal d’une Puissance", à partir de laquelle opère le guérisseur. Nous voyons ainsi apparaître une structuration dans la conscience de la personne du guérisseur, en relation avec son patient, que nous appellerons "Structure transitive", et qui est parfaitement adaptée au régime particulier de sa relation de type "fusionnelle" décrite précédemment.
En effet, et cela est particulièrement efficace pour l’état spécifique du guérisseur, qui n’est plus alors en régime de relation bijective avec son patient (distance sujet/objet s’estompant) et dans ce cas avec des risques de transferts importants : La présence d’un élément tiers, comportant la "Puissance active", établit un régime de transmission qui déconnecte le réseau serré du "Fusionnel" et met ainsi le guérisseur en protection relative, face aux phénomènes de transferts décrits.
La "Puissance",aux attributs indéfinissables, prendra les noms variés du système culturel dans lequel baigne le guérisseur : Energie Cosmique pour le Zen, le Grand Wakatanka pour les Indiens Lakota, le Dieu d’Israèl, le Bouddha, et les différents Messies : Moïse, Le Christ, Mahomet,etc…
En formulant ceci, nous souhaitons bien préciser qu’il n’y a de notre part, aucun jugement de valeur pour ces structures religieuses, et pour lesquelles nous avons un profond respect.
Nous enregistrons cette similitude de structure protectrice dans l’état opératoire particulier du guérisseur (du type fusionnel) et qui doit le proteger du transfert de perturbations.
Par ailleurs, au niveau purement psychologique, cette "structure transitive" permet d’éviter l’inflation du Moi du guérisseur, et les risques de mise en oeuvre de sa volonté de puissance objectivée, en neutralisant son égo consécutivement à sa position de "canal" passif. Le piège mentionné, est hélas tout à fait banal, et signe par là, l’échec de l’évolution de la conscience au niveau transpersonnel, et très probablement la perte de l’efficacité thérapeutique.
Pour conclure sur ce domaine du "guérissage", qui mieux qu’Henri MILLER (5) a pu exprimer l’art du guérisseur aussi succinctement et de façon si précise, dans son commentaire sur sa position de psychanalyste pour son ami le docteur Kronsky :
"…L’idée se fit jour en moi que l’art du guérisseur n’était pas du tout ce qu’imaginent les gens, que c’était une chose toute simple, trop simple en fait, pour ne pas échapper aux esprits ordinaires. Pour traduire la chose aussi simplement qu’elle me vint, je dirais que, en gros : N’importe qui peut devenir guérisseur, du moment qu’il ne pense plus à lui même…"
Pour terminer avec les hypothèses explicatives, nous avons parlé de la notion " d’énergie ",qui est pour l’ingénieur, dans ce domaine, très complexe.
Nous n’allons pas aborder un développement poussé de cette notion très bien étudiée dans le domaine du psychique par la psychanalyse, Jungienne en particulier.
Nous voulons faire simplement remarquer le vécu ordinaire, courant, que tout le monde fait en se réveillant le matin et en utilisant des termes comme : " Je suis gonflé a bloc ! Je suis épuisé, dégonflé ! Je suis déprimé !, etc…"

Ces termes traduisent un tonus psycho-moteur, qui se répercute dans notre sensation d’être et dans nos actes quotidiens. Tout le monde connait la réaction particulière et l’état dans lequel il se trouve à la suite d’une violente émotion… Surcharge énergétique ou déplétion… Il suffit de voir le comportement d’une personne, qui plantant un clou dans un mur , se donne un bon coup de marteau sur le pouce…La charge est telle qu’il va falloir trouver n’importe quel motif justificatif pour laisser exploser son energie…

Qui n’a réagit par rapport à son chien, qui vous voyant souffrir, selon toute probabilité, vient vous manifester sa sollicitude, et qui recevra un bon coup de pied accompagné du "toujours dans mes jambes celui-là !!"
Nous avons ici, de façon caricaturale,à partir d’une "charge énergétique", le mécanisme du passage à l’acte, justifié par une représentation apparemment cohérente…

Pour éclairer quelque peu ce problème, nous extrayons un passage d’échange de courrier entre deux membres de la Commission sur ce point :

"…Pour ma part, je trouve que c’est un problème extrêmement difficile à maîtriser, et il faut une très longue pratique du contrôle de ses pensées pour pouvoir l’obtenir, et assurer ainsi, comme tu le dis avec pertinence, son équilibre mental, social, et affectif !!

L’expérience que j’en ai (difficulté de controle de la pensée ) m’a montré que l’Energie était pilotée par la pensée, et qu’ainsi on pouvait la localiser en particulier sur différentes parties de son corps, et que cela était très dangereux pour nos fonctions physiologiques…

C’est comme cela, qu’il y a quelques mois, en voulant me discipliner en technique Zen ( en suivant l’enseignement d’une guérisseuse Hawaïenne Zen), Je me suis flanqué un "pyrosis"(6) de derrière les fagots (et j’ai bien cru durant une dizaine de jours que j’allais avoir un bon ulcère d’estomac ) et comme je n’avais pas compris la leçon, je me suis payé au niveau du périnée, une "proctalgie nocturne fugace"(7), qui est quelque chose de bien affolant…

Le résultat de tout cela, c’est que j’ai arrêté de débloquer, et de faire la méditation journalière centrée sur la respiration dans le Hara, et que j’ai compris comment on peut se faire consciemment ou inconsciemment des dégâts physiques et physiologiques, cancers, etc… et j’en passe…En effet, les choses sont chez moi un peu a l’envers, l’énergie s’étant mobilisée, sans entrainement discipliné ; c’est comme si, maintenant, j’apprenais à passer mon permis de conduire sur une Formule Un, et cela c’est fichtrement dangereux, et il vaut mieux apprendre cela sur un véhicule ordinaire…"

IV – EXPERIENCES TRANSPERSONNELLES RELEVANT DU DOMAINE SPIRITUEL

Ces expériences sont obtenues en général par des personnes à la suite d’un long travail de recherche sur elles-mêmes ou d’un parcours dans une des Voies Traditionnelles. Elles sont le signe d’une évolution de la conscience de l’individu, qui se traduit presque toujours de façon objective par un comportement envers le monde environnant plein d’Amour et de Compassion…

Afin de bien montrer l’articulation du "psychologique au spirituel" nous commencerons par une dramatique expérience de chute du domaine spirituel.

IV-1) Expérience de chute du domaine spirituel

"…C. a travaillé longuement à la méditation yoga et au bout de nombreuses années, elle a senti monter en elle les divers plans de conscience. De confession catholique, elle étudiait aussi la mystique Chrétienne ( Maître Eckhard ) . Elle était bien installée dans son Hara, et était arrivée au stade de la joie simple, présente dit elle, à 100%, dans l’instant. Elle avait Jésus au coeur.
Du point de vue de sa vie professionnelle et vie familiale tout était parfait. Elle servait de source énergétique et rayonnante aux collègues de travail ainsi qu’a son entourage familial.
Un jour , elle fait à l’étranger une méditation centrée sur le nom du Christ, et elle entre dans une extase indescriptible.
Elle a recommencé deux mois plus tard une méditation centrée sur le foie, et après cela, durant une nuit terrible, elle a senti son énergie se perdre, son corps se dissoudre, avec une fièvre énorme, avec une sensation de brûler intérieurement. Elle a alors vu défiler devant elle sa vie sous forme de faute. Elle dit : " je me suis couchée innocente et je me suis relevée coupable ! "

Ensuite, elle subit une vie dramatique, douloureuse, vidée de sa vie spirituelle, avec plusieurs séjours en psychiatrie, etc… Elle a des cauchemars toutes les nuits, dans lesquels elle étouffe comme si on l’enterrait…
Elle dit encore, qu’elle avait un Maître Intérieur et maintenant elle n’a plus d’intériorité ; elle vivait dans son corps au niveau subtil, et elle est maintenant descendue dans son corps grossier…
Il faut ici réaliser la terrible épreuve que peut représenter cette chute des "Cîmes exaltantes" (8)…
Il faut avoir un peu approché ce genre de vécu pour savoir qu’il s’agit d’une chose épouvantable, et l’on peut dire, que ceux qui ont eu la malchance d’aborder ce monde par son versant de terreur et d’épouvante, sont en quelque sorte immunisés contre cet accident, qui est automatiquement relativisé.
C… est depuis plus de deux ans dans le deuil non réalisé et l’affliction…
Nous voyons ici à l’oeuvre, un méchant piège de la vie spirituelle, dans lequel l’acceptation de la vie ordinaire, courante, avec ses vicissitudes et ses joies simples n’a pas été réalisé…

Je ne peux que citer une phrase d’une participante à cette réunion, sur ce sujet :
"…J’ai donné toute ma sève à la fleur, et mes racines se sont desséchées, et la fleur a flétri …(Geneviève 1942)
Voici sur le mode descriptif de la poésie, conté à la 3ème personne du singulier, un vécu dans lequel la chute est récupérée, et conduit alors au quotidien "quotidien qui n’avait plus rien des qualificatifs péjoratifs qu’on a parfois coutume de lui associer". Ce quotidien "sacralisé" est infiniment riche et varié, merveille d’une conscience de la présence au monde dans l’instant…

IV-2) Expérience de chute récupérée

"…Il arrivait enfin ce qu’il sentait venir depuis des années, lorsqu’il se vivait encore comme divisé, incomplet : Il s’était retrouvé dans la totalité de son être : il était enfin habité par son âme.

Et cette "chose" était établie maintenant confortablement dans sa maison, lui prodiguait bien des grâces, bien des suaves caresses: c’était comme si elle pansait et guérissait maintes et maintes plaies anciennes qui n’avaient pas encore pu se fermer tant la vie rude et acérée passait et repassait dessus sans cesse..

Mais alors soudain, sans qu’aucun présage ne se fut annoncé, les souffrances du passé ressurgirent de dessous le manteau protecteur, avec une violence extrême et avec encore beaucoup plus de virulence qu’elles n’en avaient eu en leur temps: les maux se ravivaient sous la cendre et le transportaient sur le moment, plusieurs décennies en arrière: Il se demande alors s’il de s’était pas complètement fourvoyé, s’il ne se croyait libéré, détaché apaisé, que sous le couvert d’une incroyable chimère : le volcan qu’il croyait éteint se remettait tout à coup à cracher son feu dévorant sur les versants ensoleillés de sa béatitude ; il touchait le fond de sa propre angoisse en même temps qu’il lui semblait porter sur ses frêles épaules toute la misère du monde : le malheur, la malédiction, s’emparaient de lui et lui faisaient goûter, avant terme, les milles et un artifices de l’enfer .

Il en était sûr : la douce paix qui l’avait un jour ravi, et ce jour là lui semblait tellement lointain, n’était que le jeu fantasmagorique de la vie, la véritable vie, qui lui apparaissait alors comme la plus terrible des épreuves, après avoir cru, l’espace d’un soupir, en ses suprêmes délices.

Il s’était laissé berner : l’existence au coeur pur et tendre, n’était qu’une douloureuse méprise : il savait dorénavant que ses multiples et divers battements n’étaient que le pouls d’un coeur de pierre torturé par sa propre inertie.

C’est alors qu’un éclair fulgurant irradia tout à coup sa prison de ténèbres, qui se transforma en une incandescence si resplendissante, que ses yeux et son âme en auraient été consumés, s’il n’avait pu se cacher sous quelque nuages sombres qui gisaient encore là, a demi-mort, dans son ciel de lumière.

La douce présence était réapparue, orchestrant et dirigeant, au milieu d’un féérique jardin d’azur, un grandiose et prodigieux ballet de formes et de couleurs, toutes plus chatoyantes les unes que les autres, et déversant sur son âme embrasée des torrents d’une eau si céleste que son être tout entier ne fût plus qu’une mer de velours, un océan d’amour aux profondeurs abyssales.

Puis il se souvint : le doute l’avait assailli, subrepticement, le temps d’une minuscule petite pensée, et le doute lui-même lui avait révélé sa propre force vivante : ainsi, dans cet état de totale disponibilité, pensées et sentiments pouvaient venir le visiter et l’habiter, lui donnant la ferme impression d’identité avec ce qu’il restait encore de lui : un tout petit bout de "moi" , qui pouvait attraper le plaisir ou le malheur comme l’être biologique contracte une maladie.

Et il pouvait aussi prendre les autres comme cela, et l’univers tout entier ; et s’il avait à ce moment-là la moindre consistance personnelle, il souffrait le mal, il jouissait le bonheur…mais la douce présence, elle, ne bougeait jamais, ne touchait jamais à ces extrêmes : elle se contentait d’être là, d’être ferme et d’être douce ; et dans cette neutralité bienveillante, elle avait tout pouvoir sur l’intérieur et sur l’extérieur, si l’égo la laissait agir, s’il ne se mêlait pas des affaires qui ne le regardaient plus, qui ne l’avaient d’ailleurs jamais regardé…"

IV-3) Expériences énergétiques du type "Kundalini"

De nombreuses expériences de ce type , bien connues des traditions Orientales, ont été répertoriées dans la Commission, et peuvent être classées dans le cadre des expériences transpersonnelles du type spirituel, car elles conduisent très souvent à une modification de la vision de la vie de l’expérimentateur dans le sens "oblatif" .

IV-3.a) Explosion de l’énergie

"… J’étais dans mon lit en train de réciter un mantra pour l’endormissement profond, en le dirigeant vers le périnée. Au bout d’une demi heure, j’étais dans un état de grand calme, de béatitude proche du sommeil, avec une sensation de très grande lourdeur des paupières.

Alors à ma grande surprise, j’ai senti une explosion, et perçu une grande vague monter dans mon corps, qui s’est traduite par une forte sensation de chaleur au niveau des genoux et jusqu’à la taille, niveau où j’ai maitrisé la vague. Je n’ai pas eu peur, mais c’était une surprise, et je suis restée dans un grand calme,…et j’ai mis des années pour élaborer cette expérience…

Ou bien la relation d’un autre expérimentateur :

IV-3.b) Montée fulgurante de l’énergie

"… Très jeune, j’avais des montées spontanées de "Kundalini", accompagnées de bouffées de chaleur,… puis un jour, j’ai subi une montée fulgurante qui m’a fait très peur…par la suite , j’ai appris à la contrôler et à pouvoir la faire monter de chakras en chakras…"

On observera dans ces deux exemples, que la connaissance par l’expérimentateur d’éléments traditionnels, supprime dans une certaine mesure, par la dénomination du phénomène, les craintes consécutives à l’étrangeté des évènements vécus.

Une expérience analogue, mais sans support "idéologique" de la Tradition , est rendue ci dessous:

IV-.c) Montée progressive de l’Energie

"…J’ai senti une sorte de caresse pulsatoire montant du bas de ma colonne vertébrale. Cette sensation bizarre, ressentie comme si la caresse était faite légèrement en profondeur, sans toucher la peau superficiellement ( comme s’il montait un liquide mielleux), n’était pas du tout douloureuse, et grimpait par pulsations, qui n’étaient ni accordées à mes pulsations cardiaques ni à ma respiration (que j’ai retenue pour contrôler ce fait), mais un rythme plus lent encore…

…J’ai alors mis en oeuvre toute mon attention vigilante pour suivre cette "attaque" d’un genre nouveau, et assayer de me défendre. La pulsation continuait a grimper le long de ma colonne vertébrale par vagues successives… Arrivées au niveau de ma poitrine, mon coeur s’est mis alors à battre toujours à son rythme, sans aucune accélération, mais d’une façon affolante…Le volume cardiaque semblait avoir triplé dans les diastoles et se contractait au 1/3 de son volume normal lors des systoles…C’était extrêmement douloureux et la peur m’a gagné, et m’a fait penser à la rencontre sur les berges de la Seine 3 ans auparavant avec "Paco", clochard extrêmement instruit, et à qui j’osais raconter mes expériences, et qui m’avait dit que je pouvais mourir d’une crise cardiaque ,ou devenir fou, et que ce n’était pas important car mort c’était terminé, plus de problèmes, et fou c’était,

pauvres les autres qui t’aiment , car toi tu ne t’en apercevrais pas !…

…Je sentais les giclées de sang qui me soulevaient la tête, sur la colonne vertébrale et qui décollaient presque mes pieds du sol. Cela a duré un certain temps que je n’ai pu contrôler, puis l’onde est passée entre mes omoplates en direction de la nuque, et mon coeur est revenu à son volume normal, courant, avec ses sensations habituelles.

La vague est alors montée le long de l’occiput, toujours à son propre rythme pulsatoire, et quand elle a abordé le dessus de mon crâne, une commode de bois qui était placée a coté de moi à ma droite, a craqué avec violence, et l’air s’est illuminé, et la pièce est devenue pleine à craquer d’une infinité de choses inconnues, avait ses murs qui allaient exploser…

Je connaissais cela par expérience, et il ne fallait pas que l’onde submerge le dessus de ma calotte crânienne, car sinon mon monde allait chavirer…

Alors brusquement, pour bloquer le processus et ne pas basculer, j’ai utilisé la technique efficace que j’avais trouvé autrefois : j’ai soufflé par mes narines fortement, en faisant vibrer mon voile du palais (cela fait un bruit comme font les chevaux) et alors la vague a commencé à redescendre.., toujours sur son propre rythme, lentement, et au passage dans la région du coeur, il y a eu encore un leger effet de gonflement/contraction que j’ai perçu, puis tout est redescendu, et s’est finalement perdu très simplement dans la base de ma colonne vertébrale…

Je me suis enfin levé sans aucune peur, très calme, et me suis couché sans crainte…"

IV-4) Expériences de la vacuité

Les expériences de vacuité, que les diverses Traditions dénomment sous des vocables variés, Samadhi, Satori, Illumination, Nirvana, Rien,l’Inconnaissance, Shunyata, etc… sont considérées comme les prototypes de l’expérience transpersonnelle.

Nous allons commencer par citer des phrases entendues dans la Commission, au sujet d’expériences du Vide…

IV-4.a) Expérience du Vide/intensité

"…Expérience subtile, contraire à l’éclatement du Zen ; aucune peur, mais intensité ; Il n’y a rien, mais c’est très intense…"

IV-4.b) Expérience du Vide/mort

"…Un jour en faisant des exercices de respiration, je me suis abandonné dans l’expir, et j’ai eu l’impression que la mort était quelque chose de bien, et j’aurai pu mourir là en ce moment…Il n’y avait rien…"

IV-4.c) Expérience du Vide/tout

"…J’ai été aux Indes, mon Maître venait de décéder…J’ai alors vécu un sentiment de joie, de paix profonde, d’accord avec tout…Tout, coule tout seul…Je me suis arrêté au bord du Gange ; Il y avait de la brume sur l’eau…et j’ai gouté une saveur de plénitude ; j’avais conscience d’être moi-même, mais aussi d’être tout…
Le lendemain , j’étais comme avant cette expérience.

IV-4.d) Expérience du Vide/plein

" 26 avril 1947 (9)
Lettre au Père X…: Bien souvent, j’ai regretté devant vous mon impuissance à atteindre le monde "de par derrière". Je me sentais en vue de la Terre Promise, mais non introduite en elle. La fine pointe de l’humilité, ou de la concentration amoureuse, ou de l’esprit de don, me laissaient encore dans l’ordre de la sensibilité, d’une certaine qualité sans doute, mais sensibilité tout de même.
Il m’a semblé hier qu’il n’en était plus de même ; Je me suis sentie accordée à l’essence du réel ; une essence inconnue, un réel sans forme, et pourtant absolument authentique (10). Je ne connaissais rien, et pourtant j’avais cette paix très subtile que procurerait une évidence indiscutable (10). Quelle image utiliser ? Celle d’un Vide, si l’on veut, mais d’un Vide qui aurait qualité de plein, de chose consistante, de vérité. Celle d’une nuit, mais révélatrice de la nature des choses.
C’est comme si, jusqu’alors tendue par les nécessités intellectuelles ou pratiques, j’avais laissé s’engager dans l’ordre des phénomènes, une "intuition nue" qui maintenant, réussirait à s’exercer suivant sa véritable nature ; à être spontanément réceptive d’une essence inconcevable, et que la sensibilité n’appréhende pas adéquatement. C’est comme si tout en moi se dénouait, s’apaisait, parce que j’ai trouvé- sans du tout savoir comment- ce que je cherchais."

IV-4.e) Expérience d’omniprésence de la vacuité

"21 Octobre 1968 (11)
Cela a été un déclic. Son contenu pourrait s’expliciter ainsi : J’ai la maîtrise à peu près entière, au moment du recueillement, de l’identification à l’espace englobant : Je peux quand je le veux, me percevoir comme espace enveloppant tout. D’autre part, J’ai la maîtrise à peu près complète de la "touche de vacuité": Je peux, à peu près quand je le veux, atteindre ponctuellement ce niveau de vie si pure et vive, que par rapport a lui, tout semble terne et gris. Mais, chose tout à fait surprenante, jamais je n’ai pansé à mettre d’emblée la vacuité dans une structure englobante ! Jamais je n’ai songé à l’espace vacuité ! Le déclic, ca a été cette jonction : D’emblée vivre l’expérience de vacuité en structure englobante . Alors, la vacuité est omniprésente…

…Une conséquence immédiate: le "Je" cesse d’avoir l’importance qu’il a eu de 1963 à 1968 . Le language utilisé de préférence sera donc le langage impersonnel.

Le sentiment dominant : Celui de joie vive et fine -et ample-; et celui de liberté; de liberté, comme définitive…
…La vacuité EST; cette haute qualité de conscience EST, partout, absolument, autour, dans chaque objet ou pensée. Elle est la substance inaltérable de tout. Impossible d’y échapper : impossible de la perdre !… telle est l’impression .

V- CONCLUSION

A partir des expériences mentionnées dans cet exposé, il est facile de voir que les expériences transpersonnelles présentent des aspects extrêmement variées, et que les limites de leur champ débordent largement des divers cadres de lecture courants, depuis les expériences dites paranormales ou parapsychologiques, jusqu’au domaine de la psychiatrie, au travers de ceux de la psychologie et de la psychanalyse.
L’extension de ce cadre au domaine spirituel concerne aussi les expériences rapportées par les Traditions religieuses sous leur aspect de la mystique.
Comme le mentionne le titre de ce 3 ème Congrès du Transpersonnel, ces expériences concernent bien les régions cataloguées dans les domaines du psychologique et du spirituel.

Nous ne pouvons manquer de voir à l’oeuvre dans cet exposé, un mécanisme constant de la conscience humaine, s’étendant à toute l’échelle des expériences, par exemple depuis le domaine des affres de l’alcoolique dans sa crise de "délirium trémens", et qui vit l’assaut d’une nuée d’animaux ou d’insectes venant l’attaquer, jusqu’au domaine spirituel le plus élevé, dans lequel la rencontre de la Déité ou de la Vacuité conduit à des états de félicité indescriptibles…

Ce mécanisme est celui de cette sorte de sentiment, de certitude interne, d’intime conviction, de vérité absolue, de réalité plus réelle que celle de notre champ de conscience ordinaire, et qui est irréductible à toute analyse en direct.

Nous sommes là face à "l’Inconnaissable" avec la seule différence (et elle est de taille !) que le pensionnaire de l’hopital psychiatrique vit dans la douleur et l’affliction, dans un monde d’horreur, et que, par exemple, le mystique expérimente un monde de sublime beauté…

Les répercussions de ces expériences peuvent être "objectivées" par l’observation du comportement ordinaire de ces personnes. En effet, il suffit de regarder certains "Etres de Lumière" pour s’en convaincre . Les exemples cités permettent aussi de montrer que la distinction psychologique/spirituel qui a servi de structure a l’exposé, peut à son tour se dissoudre, et que par exemple les voies d’accès au monde spirituel, que les traditions ont transmises, couvrent nécessairement, sous peine d’avortement, le règlement de nombreux problèmes d’ordre psychologiques.

A partir des expériences sur la fonction "guérisseur ", nous avons pu mettre en évidence deux facteurs rendant compte, d’une certaine façon, du problème de "l’Etat d’Etre" opératoire du guérisseur, en l’approchant de notre concept classique d’état "fusionnel" dans lequel la distance sujet/objet, fondement de notre conscience usuelle et support de notre monde trivial, ordinaire, s’estompe, se déforme et va jusqu’à disparaitre…

Le vécu habituel et la notion courante "d’Etat amoureux" peut aussi aider à se faire une idée de ce monde particulier.

Dans cet état du guérisseur, le mécanisme économique et opératoire de "l’Idéologie" du "Tiers Terme de la Puissance", ou dit autrement, de la "Structure transitive" du champ de conscience ordinaire du guérisseur face à son patient, et mis en oeuvre depuis de nombreux millénaires dans pratiquement toute les traditions de "guérisseurs", a été souligné.

Il protègerait ces derniers des transferts physiques, physiologiques et psychologiques des perturbations de leurs patients dans l’état opératoire du type "fusionnel" où ils se trouveraient.

Enfin , le bref intermède sur la notion " d’Energie " nous à permis de montrer que notre culture occidentale a totalement prôné le développement et la transmission du monde de l’objet au détriment de celles du monde du sujet.

Malgré nos évidents succès dans la construction matérielle de notre monde, il est difficile de ne pas enregistrer les signes évidents de déséquilibre de cette construction.

L’approche transpersonnelle permettant pour le moins , une préhension du fonctionnement de nos différents plans de conscience, pourrait peut être contribuer à un développement plus sage et plus harmonieux des hommes…

NOTES

(1)- Conférence faite au 3ème Congrès de l’A.F.T. à KARMA LING du 4-6 Septembre 1987 : "DU PSYCHOLOGIQUE AU SPIRITUEL" Techniques et Niveaux d’Expériences.
(2)- Czaplicka: Aboriginal Siberia – A Study in Social Anthropology; Oxford 1914.
– Sir Hugh Clifford: Studies in Brown Humanity- 1898.
– S.M. Shirokogoroff: The psychomental Complex of the Tungus- Londres 1935.
(3)- De Martino Ernesto: Le Monde Magique -parapsychologie ethnologie, histoire- Traduction en Français . Collection Marabout Université, 1971 p.86 .
(3b)- C’est nous qui soulignons.
(4)- Au sens de l’ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque et à une société.
(5)- La Crucifixion en Rose – SEXUS (Trad.) Ed. Buchet/Chastel 1987 p. 465 .
(5b)- Souligné dans le texte.
(6)- Pyrosis: Sensation de brûlure le long de l’oesophage avec souvent régurgitation acide. Il s’agit de suc gastrique remontant de l’estomac dans l’oesophage, et parfois jusque dans les fosses nasales.
(7)- Proctalgie Nocturne Fugace: Douleurs extrêmement violentes au niveau du périnée, survenant la nuit et ne persistant pas.
(8)- cf. La Montée du Carmel de Saint Jean de la Croix.
(9)- Geneviève Lanfranchi: Vivre en Vacuité, in Le Vide- Expérience Spirituelle en Occident et en Orient. Ed. Hermès p.281-282.
(10)- C’est nous qui soulignons.
(11)- Geneviève Lanfranchi: Opus cité p. 289.